Cinéma : pourquoi le 7ème art ? L’importance et l’histoire du cinéma

Imaginez qu’un art soit né dans la défiance, snobé par les élites, pour finir par transformer la manière dont nous percevons le monde. Voilà l’histoire du cinéma, enfant illégitime devenu roi, propulsé par Ricciotto Canudo en 1911 dans la liste des arts majeurs, juste après la danse, pour l’anecdote. À ses débuts, nul ne lui accorde de reconnaissance officielle : il dérange, intrigue, suscite la méfiance des académies installées. Pourtant, malgré son arrivée tardive à la table des arts, il ne tarde pas à devenir un terrain d’expérimentation, de rencontres et d’influences planétaires.

Le cinéma, reflet et témoin de son époque

Depuis ses origines, le cinéma joue le rôle de miroir, captant les soubresauts de la société, les espoirs, les tensions, les révolutions silencieuses ou éclatantes. Chaque film porte le sceau de son temps : la mode d’une époque, le parfum d’une idéologie, le choc d’un événement. Prenez le cinéma français : il s’est mué en caisse de résonance des débats sociaux, depuis la Nouvelle Vague jusqu’aux récits actuels, portés par la pluralité des voix et des cultures.

L’histoire du cinéma ne se résume pas à une seule trajectoire. Avec la naissance des ciné-clubs, le public cesse d’être simple consommateur. On analyse, on débat, on décortique. Grâce à ces espaces d’échange, le cinéma conquiert une légitimité intellectuelle : il s’impose comme objet d’étude, d’interprétation, et façonne les consciences.

Le 7ème art ne se contente pas de révéler la personnalité d’un auteur. Il engage un dialogue continu avec l’époque, interroge la mémoire collective, dévoile les contradictions, les élans, les fractures de la société. Aujourd’hui encore, des studios indépendants comme A24 (à qui l’on doit « Moonlight », « Everything Everywhere All at Once », « The Zone of Interest ») incarnent ce cinéma du milieu : exigeant, mais accessible, loin du formatage spectaculaire ou de l’entre-soi.

En quelques décennies, le cinéma est devenu une archive vivante, capturant les métamorphoses du monde. Un film comme « Mad Max: Fury Road » de George Miller, « Parasite » de Bong Joon-ho, ou « Dune » de Denis Villeneuve, ne se contente pas de divertir : il interroge, il secoue, il laisse des traces. Un peu partout, les écoles de cinéma perpétuent cet élan, formant des regards neufs pour saisir la complexité du réel.

Pourquoi parle-t-on du “7ème art” ? Origines et signification d’une expression

Au cœur de la modernité, le cinéma conquiert son titre de septième art. L’expression ne sort pas d’un chapeau : elle est forgée par Ricciotto Canudo, critique et théoricien visionnaire. En 1911, puis dans un manifeste fondateur en 1923, il propose d’ajouter le cinéma à la liste canonique des six arts : architecture, sculpture, peinture, musique, danse, poésie.

Pourquoi ce classement ? Parce que le cinéma, selon Canudo, marie les arts plastiques (image, espace) aux arts rythmiques (temps, mouvement). Il ne se limite pas à reproduire ou figer la réalité : il orchestre, invente, façonne un monde en mouvement. « Septième art » : cette appellation affirme la singularité du cinéma, sa capacité à réunir les arts anciens dans une forme d’expression radicalement nouvelle.

Ce regard novateur, hérité des pionniers, s’impose dans un contexte de bouleversement artistique. Le cinéma s’affirme, non comme un simple divertissement, mais comme un art à part entière, porteur d’une ambition esthétique et culturelle. Cette réflexion sur la classification artistique se prolonge : aujourd’hui, le jeu vidéo est parfois qualifié de dixième art, mais c’est le cinéma qui a ouvert la voie, en revendiquant sa place dans le paysage culturel.

Entre innovation technique et langage universel : ce qui distingue le cinéma des autres arts

Le cinéma naît d’une rencontre explosive entre invention technique et désir d’art. Dès les premiers films, la magie d’animer le mouvement fascine. Grâce à la projection et à la manipulation de la lumière, une expérience sensorielle inédite apparaît. Là où la peinture ou la sculpture capturent une pose, le cinéma sculpte le temps, explore la durée, donne vie au récit.

L’histoire du médium, c’est aussi celle d’un dialogue constant avec la technologie. Du cinéma muet à l’arrivée du son, puis à la révolution numérique, chaque avancée rebat les cartes de la création. La manière de filmer, d’agencer, de faire entendre : tout devient matière à invention. Voici les éléments qui structurent la grammaire du septième art :

  • Mise en scène : organisation de l’espace, direction d’acteurs, choix des angles et des distances.
  • Montage : rythme, enchaînement des plans, ruptures et continuités du récit.
  • Son : voix, bruitages, musique, silences, jeu sur le réel ou sur l’abstraction.

Le passage à la technologie numérique marque un nouveau tournant : il élargit les horizons, rend la création audiovisuelle plus accessible, et relie le cinéma aux arts numériques. Pourtant, un fil rouge demeure : le cinéma invente un langage universel, capable de franchir toutes les barrières, de résonner avec n’importe quel public, partout sur la planète.

Comment le cinéma façonne nos imaginaires et influence la société contemporaine

Le cinéma irrigue nos vies. Il façonne nos repères, nos rêves, nos peurs. Il ne se contente pas de refléter le réel : il le recompose, le questionne, le renverse parfois. Par la force de la mise en scène, par le choc de l’image, il donne corps à des récits collectifs et intimes, à des utopies, à des combats, à des drames qui nous habitent longtemps après la fin du film.

Avec la politique des auteurs, pensée par François Truffaut et les Cahiers du Cinéma, le réalisateur s’impose comme porteur d’une vision singulière. Son film devient une signature, une œuvre personnelle. Même les blockbusters cachent parfois une véritable audace artistique : « Parasite », « Mad Max: Fury Road », « Dune » en sont la preuve éclatante.

Le cinéma d’auteur, quant à lui, privilégie l’exploration du langage, la recherche du malaise, le goût de la lenteur. Tarkovski, Bresson, David Lynch ou David Cronenberg s’emparent du médium pour interroger les frontières du visible et de l’invisible.

Face à ces créations, le spectateur n’est plus un simple regardeur : il devient acteur de l’expérience, prêt à déchiffrer la mise en scène, le montage, le son, à traquer les ruptures, les audaces, les intentions cachées. Cette implication nourrit la pensée critique, aiguise le débat public, élargit les horizons de la démocratie.

Film après film, le cinéma continue de forger l’imaginaire collectif, d’inspirer, de provoquer, de faire vaciller les certitudes. Et si demain, une salle obscure cachait la prochaine secousse esthétique ?

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